Le Shabbat rythme la semaine juive depuis des millénaires. Chaque semaine, du coucher du soleil le vendredi à la tombée de la nuit le samedi, il propose une parenthèse dédiée au repos, à la prière et à la famille. Voici ce qu'il représente, comment il se déroule et quels objets l'accompagnent.
Qu'est-ce que le Shabbat ?
Le Shabbat (parfois orthographié Chabbat ou Sabbat) est le septième jour de la semaine dans le calendrier juif, consacré au repos. Son nom vient d'une racine hébraïque qui évoque le fait de cesser, d'arrêter une activité. Il ne s'agit donc pas seulement de se détendre, mais d'interrompre volontairement le travail de création et de transformation du monde.
Selon la tradition juive, le Shabbat trouve sa source dans le récit biblique de la création, où le repos du septième jour suit les six jours d'ouvrage. Il figure également parmi les dix commandements, ce qui lui donne une place centrale dans la pratique religieuse. Les textes lui associent deux verbes : se souvenir et observer, que la tradition rabbinique interprète comme les deux versants d'une même journée, l'un tourné vers la célébration positive, l'autre vers l'abstention.
Pour les fidèles, le Shabbat n'est pas un jour de moindre importance mais le sommet de la semaine. Les six autres jours sont souvent décrits comme une préparation à celui-ci. La tradition l'appelle parfois « la reine Shabbat » ou « la fiancée », des images qui traduisent la manière dont il est accueilli : non comme une contrainte, mais comme une visite attendue.
Quand commence et finit le Shabbat
Le Shabbat suit le calendrier juif, où le jour commence au coucher du soleil et non à minuit. Il débute donc le vendredi soir, un peu avant que le soleil ne disparaisse, et s'achève le samedi soir lorsque trois étoiles sont visibles dans le ciel, selon le critère traditionnel.
Ces horaires varient d'une semaine à l'autre et d'une ville à l'autre, puisqu'ils dépendent de la course du soleil. En hiver, dans les pays d'Europe du Nord, le Shabbat peut commencer en milieu d'après-midi ; en été, il débute beaucoup plus tard. Les communautés publient chaque semaine des calendriers indiquant l'heure exacte de l'allumage des bougies et celle de la sortie du Shabbat pour leur localité. De nombreuses familles consultent aujourd'hui ces horaires en ligne ou dans le calendrier distribué par leur synagogue.
L'usage veut que l'on allume les bougies un court moment avant le coucher du soleil, par précaution, afin de ne pas risquer d'entamer le Shabbat par une transgression involontaire. À l'autre extrémité, la sortie du Shabbat est également repoussée de quelques minutes : la tradition enseigne que l'on ajoute du temps profane au temps sacré, à l'entrée comme à la sortie.
Le sens du repos hebdomadaire
Le repos du Shabbat ne se définit pas d'abord par l'absence de fatigue, mais par l'abstention de certaines catégories d'activités. La tradition rabbinique en recense trente-neuf, souvent appelées « travaux », dérivées des tâches nécessaires à la construction du sanctuaire décrit dans la Bible. On y trouve par exemple l'action d'allumer un feu, d'écrire, de coudre ou de bâtir.
L'idée sous-jacente, telle que la présentent de nombreux commentateurs, est celle d'une pause dans la maîtrise humaine sur la matière. Pendant vingt-cinq heures environ, le fidèle cesse de modifier le monde pour l'accepter tel qu'il est. Ce retrait volontaire est compris comme une affirmation : l'être humain n'est pas réductible à sa production.
Cette abstention libère un espace. Le Shabbat est traditionnellement consacré à l'étude, à la prière, aux repas partagés, au chant, à la conversation et au sommeil. Beaucoup de pratiquants soulignent que la déconnexion des écrans et du téléphone, conséquence des règles sur l'électricité selon l'interprétation majoritaire, constitue aujourd'hui l'un des aspects les plus appréciés de la journée.
Les degrés d'observance varient considérablement. Certaines familles respectent l'ensemble des interdits ; d'autres retiennent surtout les repas, les bougies et le temps familial. Le judaïsme libéral et le judaïsme massorti proposent des lectures différentes de plusieurs règles, notamment sur les déplacements.
Le déroulement du Shabbat
La journée commence en réalité par sa préparation. Le vendredi est consacré aux courses, à la cuisine (les plats devant être prêts avant l'entrée du Shabbat), au ménage et souvent à un passage au bain rituel ou à une toilette soignée. La table est dressée avec une nappe, la vaisselle réservée aux occasions.
Peu avant le coucher du soleil, les bougies sont allumées, le plus souvent par la maîtresse de maison, accompagnées d'une bénédiction. Suit l'office du soir à la synagogue, appelé l'accueil du Shabbat, connu pour ses chants. Au retour, la famille se réunit autour du repas : bénédiction sur le vin, ablution des mains, bénédiction sur les pains, puis un dîner souvent long, ponctué de chants de table et de commentaires sur le texte biblique de la semaine.
Le samedi matin, l'office est plus long : on y lit la section hebdomadaire de la Torah, déroulée depuis le rouleau. Un deuxième repas suit, puis l'après-midi laisse place au repos, à l'étude, à la promenade ou aux visites. Un troisième repas, plus léger, est pris en fin de journée.
La sortie du Shabbat est marquée par une cérémonie brève appelée havdala, littéralement « séparation ». On y utilise une coupe de vin, une boîte à épices que l'on respire et une bougie tressée à plusieurs mèches. La tradition y voit une manière d'emporter un peu du parfum du Shabbat dans la semaine qui commence.
Les objets et les bénédictions
Le Shabbat s'appuie sur un petit ensemble d'objets, dont chacun accompagne un geste précis. Les chandeliers, généralement au nombre de deux, portent les bougies allumées le vendredi soir. La coupe de kiddouch reçoit le vin ou le jus de raisin sur lequel est prononcée la bénédiction qui sanctifie le jour. Les deux pains tressés, appelés hallot, sont recouverts d'un tissu brodé jusqu'au moment de leur bénédiction, et un plateau les accueille. Pour la havdala, on ajoute la boîte à épices et le bougeoir tressé.
Ces objets n'ont pas de pouvoir en eux-mêmes selon la tradition : ils servent à embellir le commandement, un principe qui explique le soin apporté à leur fabrication, du simple étain au métal ciselé. Beaucoup de familles utilisent des pièces transmises de génération en génération. Ceux qui souhaitent constituer ou compléter leur nécessaire trouveront dans une sélection d'objets du Shabbat les éléments habituels de la table.
D'autres objets du quotidien juif relèvent d'un usage distinct mais s'inscrivent dans le même souci de marquer le temps et l'espace : la mezouza fixée aux montants de porte accompagne le foyer toute l'année, tandis que la kippa portée sur la tête l'est notamment pendant les offices et les repas.
Questions fréquentes
Faut-il être pratiquant pour célébrer le Shabbat ?
Non. De nombreuses familles peu observantes par ailleurs conservent le vendredi soir comme rendez-vous familial, avec les bougies et le repas. La pratique du Shabbat se décline sur un large spectre, du respect intégral des trente-neuf interdits à un simple dîner partagé.
Peut-on inviter des personnes non juives à un repas de Shabbat ?
Oui, et l'hospitalité est même une valeur très présente dans la tradition. Les invités ne sont pas tenus de participer aux bénédictions et peuvent simplement observer. Il est d'usage de prévenir l'hôte de ses éventuelles contraintes alimentaires.
Que se passe-t-il en cas d'urgence médicale pendant le Shabbat ?
La tradition juive est très claire sur ce point : la préservation de la vie humaine prime sur l'observance du Shabbat. Appeler les secours, conduire à l'hôpital ou soigner un malade est non seulement autorisé mais considéré comme une obligation, même si cela suppose de transgresser les interdits habituels.
Pourquoi allume-t-on deux bougies ?
L'usage le plus répandu est d'allumer deux bougies, que la tradition rattache aux deux verbes associés au Shabbat dans les textes bibliques : se souvenir et observer. Certaines familles en allument davantage, par exemple une par enfant. Il s'agit d'une coutume et non d'une règle uniforme.
Par la redaction de Tout Sur Dieu.